Historique

 

 

Aujourd'hui Métropolitain de Paris et RATP sont deux noms étroitement associés!

On ne peut parler de l'un sans parler de l'autre. Mais ce ne fut pas toujours le cas! Car quand le métro naquit, ce dernier était alors exploité par des compagnies privées!

 

La première compagnie qui exploita le métro fut celle de la CMP (Compagnie des chemins de fer Métropolitain de Paris). Son "père", Fulgence Bienvenüe, inaugura la première ligne de métro (Pte Maillot-Pte de Vincennes) le 19 juillet 1900. Ainsi naissait le célèbre métro de Paris!

 

Mais en 1898 Jean Baptiste Berlier, ingénieur lyonnais de l'Ecole Nationale Supérieure des mines de Saint Etienne, revînt sur la scène (il avait déjà déposé un projet de "tramways tubulaires" en 1887), et déposa son projet de construire une ligne à grande profondeur reliant du nord au sud, Montmartre à Montparnasse.

 

 

Son projet adopté le 28 décembre 1901, et le 28 novembre 1902, par la Ville de Paris, et en 1905 par un vote du Parlement, Jean Baptiste Berlier s'associa alors avec de nombreux financiers comme Xavier Janicot - représentant de l'Omnium lyonnais des chemins de fer et des tramways - ainsi que la Banque de Paris, des Pays Bas et des banquiers marseillais...

Nommée société "Berlier-Janicot" dans un premier temps, la société du "Chemin de fer électrique souterrain Nord-Sud de Paris" communément appelée "Compagnie du Nord-Sud" était ainsi créée en juillet 1902.

La première assemblée générale constitutive de la société eût lieu le 16 mai 1905.

 

20 rue d'Athènes... l'ancien siège de la compagnie.

Ainsi le 23 décembre 1901, il était accordé à la société Nord-Sud l'exploitation de trois lignes ou plutôt d'une ligne et de deux "prolongements":

- Une ligne (qui sera nommée ligne A par le Nord-Sud) devant relier Montmartre (Place des Abbesses) à Montparnasse (gare), déclarée d'utilité publique le 3 avril 1905.

- Un premier prolongement devant relier la Gare de Montparnasse à la Porte de Versailles

- Un second prolongement devant relier la Gare Saint Lazare à la Porte de Saint Ouen (qui sera nommé ligne B par le Nord-Sud); prolongements déclarés d'utilité publique le 19 juillet 1905).

Par ailleurs, un prolongement est décidé le 3 juillet 1905, poussant la ligne de la Place des Abbesses à la Place Jules Joffrin, tronçon déclaré d'utilité publique le 10 avril 1908.

Dix jours plus tard, le terminus nord de cette ligne est prolongé par décision, jusqu'à la Porte de la Chapelle mais il ne sera déclaré d'utilité publique que le 24 janvier 1912!

Puis un troisième prolongement le 23 novembre de la même année de la station La Fourche à la Porte de Clichy, déclaré d'utilité publique le 11 juin 1909.

Enfin il est décidé un dernier prolongement de la Gare de Montparnasse à la Porte de Vanves (nommé illusoirement ligne C) et déclaré d'utilité publique le 19 juillet 1912.

Ainsi étaient concédées et accordées les différentes lignes du réseau Nord-Sud, représentées ci-dessous sur cette carte de Paris.

 

 

Mais Berlier allait vite rencontrer des problèmes:

Financiers tout d'abord car la Ville de Paris n'accorda aucune aide financière. Au contraire même: le Nord-Sud se devait de payer à la Ville une redevance sur chaque billet vendu.

Puis techniques car on dût "rehausser" le niveau initialement prévu de la ligne A (sauf pour la traversée de la Butte Montmartre à 30 mètres de profondeur, et le creusement du tunnel sous la Seine par la méthode dite du "bouclier"). De plus, la Ville de Paris n'aida aucunement à la déviation de toutes les canalisations souterraines, contrairement pour la CMP. C'est pour cela que son tracé paraît parfois si sinueux, les quais en courbe etc...

Enfin le Nord-Sud se devait d'harmoniser le prix des billets (25 centimes pour la 1ère classe, 15 pour la seconde et 20 pour l'aller-retour), mais aussi les plages horaires et les caractéristiques techniques du matériel roulant de ceux employés par la CMP. Cela pour mieux unifier les deux réseaux quand leurs concessions respectives toucheraient à leurs fins.

Georges Bechmann, nommé Directeur Général de la Compagnie le 1er juillet 1905, prit le relais de Jean Baptiste Berier dans les discussions avec les pouvoirs publics. Fin 1909, la question de l'échange gratuit des voyageurs mena après 5 ans d'âpres discussions au résultat suivant: Le Nord-Sud devra payer pour cet échange gratuit une somme annuelle à la CMP et à la Ville de Paris!

Les premiers travaux démarrèrent sur la ligne A à la station Porte de Versailles en 1905. En 1906 on commença la traversée de la Seine, en utilisant la technique dite du "bouclier" pensée par Berlier... on mettra trois longues années! Et enfin le 5 novembre 1910 le premier tronçon Porte de Versailles - Notre Dame de Lorette (ligne A) est ouvert au public!

L'année suivante le "père" du réseau Nord-Sud décédait alors qu'on inaugurait le 26 février le premier tronçon Saint Lazare - Porte de Saint-Ouen de la ligne B.

La ligne B fut terminée (jonction La Fourche - Porte de Clichy) en 1912. A la fin de cette année là, d'ailleurs, Georges Bechmann quitta la direction générale de la société pour une retraité bien méritée. Il fut remplacé par Jacques Simon.

Mais Bechmann restera très ancré dans la Société Nord-Sud car il travaillera avec son fils Lucien, mais aussi avec Fulgence Bienvenüe et le Président Janicot. Il décédera le 11 avril 1927.

Et il fallut attendre 1916, en pleine guerre mondiale, la fin de la construction de la ligne A avec le repoussement du terminus nord à la Porte de la Chapelle.

Heureusement le succès suivit! Le trafic passera ainsi de 40 millions de voyageurs en 1911, à 56 millions en 1914 et à 80 millions en 1917!

Le succès fut indéniable. Les voyageurs découvraient des stations plus belles. En effet, le nom des stations était écrit en faïence et les directions des rames étaient carrelées sur les tympans des tunnels! Le confort des rames était aussi très apprécié. Ce succès permit au réseau de rembourser dès 1914 les 140 millions de francs empruntés pour le financement des travaux. Mais la situation financière restait inquiétante!

Et hélas..... la crise d'après guerre vit pour le Nord-Sud, comme pour la CMP, l'arrivée des premières difficultés financières. Les tarifs des billets des deux compagnies augmentèrent, mais cela ne combla pas entièrement les dettes. Au point même que la Ville de Paris intervînt en juillet 1921 dans le financement des deux sociétés, leur évitant la faillite, mais se gardant au passage une part des bénéfices. Le Nord-Sud était ainsi contrôlée financièrement par la Ville de Paris!

En 1927, la Ville de Paris donna son accord à la prolongation en banlieue des lignes de métro des deux compagnies, prolongements déclarés d'utilité publique le 24 décembre 1929.

Concernant le réseau Nord-Sud il était décidé d'étendre:

- la ligne A de la Porte de Versailles vers la Mairie d'Issy, et "de première urgence". Le Nord-Sud commença les travaux mais ce fut la CMP qui les finit.

- la ligne A de la Porte de la Chapelle à la caserne de Saint Denis (près de l'église), projet non abouti.

- la ligne B de la Porte de Clichy au pont de Clichy, projet non abouti.

- la ligne B de la Porte de Saint Ouen à la Rue de Landy (près de la Mairie de Saint Ouen), projet non abouti non plus.

De nouveau, la compagnie du Nord-Sud vit ses comptes repasser au vert dès 1925, mais la ville de Paris s'octroyait alors toujours de nombreux bénéfices et la CMP encourageait celle-ci à racheter le Nord-Sud pour son compte.

Mais sous la pression de certains conseillers municipaux, dès 1928, de racheter les deux compagnies, la CMP et le Nord-Sud décidèrent alors de fusionner d'un commun accord, permettant ainsi la sauvegarde de l'indépendance des deux compagnies. Cet accord fut décidé durant l'été 1930, et fut rendu effectif le 1er janvier 1931.

Mais il est clair que cette fusion fut en fait une absorption du Nord-Sud par la CMP (en témoigne le style des stations construites à partir de 1931 sur les prolongements de la ligne A). Les deux compagnies étaient ainsi sauvées mais alors que l'une garda son nom, l'autre le vit disparaître avec elle.

Ainsi mourut le réseau Nord-Sud!

La ligne A devînt logiquement la ligne 12 et la ligne B: la ligne 13 (à la suite de la numérotation des lignes) du réseau de la CMP.

La ligne C n'eût pas le temps de voir le jour du temps du Nord-Sud. Elle fut construite et ouverte par la CMP en 1937. Elle relia dans un premier temps Porte de Vanves à Bienvenüe, puis Portes de Vanves à Invalides, sous le nom de ligne 14. La ligne C n'exista donc que dans les archives de Monsieur Berlier.

Dommage.... car qu'est ce que j'aurais aimé me balader sur cette ligne C et m'arrêter par exemple... à la station Gaîté!

Photo réalisée avec trucage

Pour la petite histoire, en 1949 la CMP passa sous le contrôle de l'Etat et se renomma la RATP, que l'on connaît toujours!

 

Voilà ainsi comment le Nord-Sud naquît, prospéra, et mourut

au début du siècle dernier!